samedi 13 avril 2013

Bruxelles coeur d'Europe


Mon périple européen commence à Bruxelles. Une ville agréable, surprenante et complexe. En quelques jours, j’ai la chance de rencontrer de nombreuses personnes qui me parlent avec passion de Bruxelles, de la Belgique et de l’Europe. Trois territoires où se posent selon des modalités singulièrement proches les enjeux du vivre-ensemble et de la construction politique. 


A la croisée des chemins 

Pour comprendre Bruxelles et la Belgique d'aujourd'hui, un petit détour par la géographie et l'histoire s'impose. Voici quelques cartes commentées de façon efficace par l'équipe de Jean-Christophe Victor:


A Bruxelles, il y a : 
  • 1,1 millon d'habitants et 19 communes (formant la Région de Bruxelles-Capitale),
  • 163 nationalités,
  • 46% d'habitants d'origine étrangère (selon la nationalité à la naissance), 28% d'une autre nationalité. Il reste donc 26% de Bruxellois d'origine belge. 
  • 2 langues officielles: le français et le néerlandais. 
  • 79 établissements scolaires francophones et 11 néerlandophones, ainsi que d'autres écoles internationales, européennes, britanniques, polonaises, scandinaves et même une école japonaise. 
Sources: 
http://blbe.be/sites/default/files/blbe/files/Studies/Europe-Bruxelles_en_chiffres_decembre_09_FR.pdf
http://www.bruxelles.be/artdet.cfm/4389


Des langues et des modes de vie

Ecoles, universités, journaux, programmes télévisés, hommes politiques, associations de promotion du volontariat... En Belgique, tout a sa version francophone et sa version flamande. 

A l'été 2010, deux journalistes ont parcouru la Belgique le long de la frontière linguistique. Un soir, chacune d'entre elles s'est invitée à dîner chez une famille aisée: francophone de Bruxelles pour l'une, néerlandophone d'Anvers pour  l'autre: 

                                          

C'est difficile à envisager, pour une Française. Née après les premières lois de décentralisation, je n'en ai  pas moins été élevée dans l'idée de la République une et indivisible, où le patrimoine commun prend globalement le pas sur les particularismes locaux. 

Céline Brandeleer, du think tank Pour la Solidarité, me livre ses questionnements sur le sujet: "A partir de quel moment a-t-on une identité commune? Est-ce qu’il existe une certaine définition de la Belgitude? Je pense que oui, mais dans les petits choses. (...) Est-ce qu’on a vraiment envie de définir de manière carrée et figée la Belgique, je ne pense pas, car par définition une culture, ça évolue". Avec une conséquence importante pour Céline: "La gestion de la diversité culturelle est très différente en Belgique de ce qu’elle est en France."

L'approche française de l'intégration va-t-elle finalement s'avérer la plus particulière d'Europe? Je me souviens des Lettres Persanes de Montesquieu...  


Des petites bulles

Si Bruxelles peut apparaître comme une Europe miniature, c'est évidemment en grande partie du fait de la présence de ses quelques 40 000 personnels des institutions, ses 20000 lobbyistes, son économie et certains de ses quartiers façonnés par l'Union Européenne. 

En pratique, cela donne ça: je me promène dans les rues d'Ixelles au moment de la sortie des classes et je croise des enfants qui saluent leurs camarades en français et rentrent à la maison en discutant avec leur nounou en italien. Je rencontre aussi ce type d'engins: 


L'immigration, à Bruxelles, est protéiforme. Les habitants viennent de partout, pour des raisons diverses, économiques et politiques notamment. J'interroge mes interlocuteurs sur la place de la "bulle européenne", on me répond: "Bruxelles, c'est plein de petites bulles". Et c'est vrai. D'une rue à l'autre, la ville change de visage. Toujours à Ixelles, à Matonge, vivent des Africains venus de 45 pays différents, des latino-américains, des Indiens, des Pakistanais, des Européens... 

Source: http://commons.wikimedia.org/wiki/User:Varech

Un melting pot et un questionnement permanent sur la façon de vivre ensemble. Ces mondes peuvent sembler un peu étanches les uns par rapport aux autres. Il ne s'agit pas seulement des rapports entre francophones et néerlandophones; des incompréhensions peuvent naître aussi entre la brillante fonctionnaire européenne venue d'un pays de l'est et la jeune femme esthéticienne, venue du même pays, qui s'occupe de sa manucure...

Mais à Bruxelles, j'apprends que rien n'est définitif. Des liens se nouent, des rencontres ont lieu, évidemment. Dès que possible, je vous parlerai de citoyenneté active, d'entrepreneuriat social et d'engagement associatif chez les jeunes à Bruxelles. Je vous présenterai aussi deux jeunes adultes formidables. L'un deux a co-écrit le très bel article Qu'est-ce qu'être Belge? 


Comme partout, c'est la crise, il pleut, le printemps se fait attendre, des étudiants s'activent depuis des mois pour décrocher le job de leurs rêves, d'autres personnes souvent venues de plus loin sont en situation de grande fragilité, près de la Gare du Midi un épicier syrien s'inquiète pour ses proches qui sont là-bas... Mais à Bruxelles, on garde le sourire, on continue et, malgré tout, on est plutôt bien.  




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