mercredi 19 juin 2013

« Etre Européen, c’est être actif localement »



A Berlin, Martin a fondé Citizens for Europe, une association qui lui ressemble et qui ressemble aussi à tous les Européens qu’il a rencontrés pendant ses voyages. L’ambition poursuivie : donner un sens à la notion de citoyenneté européenne en permettant à toute personne résidant en Europe, quelle que soit son origine, de faire entendre sa voix et de prendre des responsabilités. Avec l’idée que la participation du plus grand nombre et la prise en compte de la diversité à l’échelle locale sont nécessaires pour faire grandir l’Europe.





Portraits d'Europe : Quel a été ton parcours de formation ?

Martin Wilhelm : J’ai étudié la communication, les sciences politiques et la macro-économie. Mon université était à Greifswald, près de la mer Baltique, région où je suis né. Mais mes études n’ont jamais été le principal moteur de mon développement.

Entre 18 et 26 ans, j’ai saisi toutes les opportunités de mobilité et de formation liées à l’Europe : Erasmus, service volontaire européen, programmes d’échanges. J’ai fait mon service militaire en Angleterre, dans une école anthroposophique. Et j’ai habité dans différents pays d’Europe, dont la Norvège, la Hongrie, la France et la Serbie, où j’ai créé un festival étudiant, l’International Student Week in Belgrade.

Avec tous ces voyages, je suis devenu de plus en plus détaché de mon identité nationale. J’ai pris conscience de ce qui relie ces pays, des raisons pour lesquelles on a fait grandir l’Europe. Je suis devenu  en quelque sorte un citoyen européen.

Et plus je suis devenu Européen, plus je suis devenu critique par rapport à l’Union Européenne. Entre les institutions européennes et les citoyens, il n’y a presque aucun lien. Beaucoup de décisions sont prises en dehors du Parlement Européen et des parlements nationaux. C’est pour cela qu’il y a autant d’euroscepticisme : les citoyens ont peur de ne plus pouvoir contrôler ce qu’il se passe.

Il y a donc un mouvement contradictoire : les programmes européens de mobilité, dont j’ai bénéficié, permettent de passer du statut de citoyen passif à celui de citoyen actif. Mais l’Union Européenne ne sait pas comment s’adresser à ces citoyens actifs. Maintenant, il y a les premières initiatives citoyennes européennes, on va voir ce que ça va devenir.   



PdE : Comment a débuté Citizens for Europe ?

MW : Après une expérience professionnelle dans une fondation, ici à Berlin, une structure très hiérarchique que j’ai rapidement quittée, j’ai réfléchi pendant quelques temps à ce que je voulais faire. A Berlin, un citoyen sur sept n’a pas le droit de vote. La mobilité en Europe, c’est bien, mais il y a des droits sociaux et politiques que l’on perd lorsqu’on traverse une frontière. C’est vrai pour les citoyens européens et encore plus pour les citoyens non-européens.

Avec des amis du Danemark, des Pays-Bas et d’Allemagne, nous avons donc élaboré un projet sur la participation politique dans l’Union Européenne. Quels sont actuellement les droits en matière de participation et à quoi devrait ressembler la citoyenneté européenne ? Notre idée était de dissocier la citoyenneté européenne des citoyennetés nationales. Aujourd’hui, on est citoyen européen parce qu’on est Français ou Allemand. Nous avons imaginé un site web, « Vote-Exchange », pour permettre à des citoyens européens ne résidant pas dans leur propre pays de réaliser des partenariats de vote. C’était conçu comme un outil de discussion et de communication autour de ce sujet.

On a obtenu un financement du programme « Jeunesse en Action » et, dans la foulée, on a créé une association. En référence à « Europe for Citizens », un important programme de financement qui cherche à générer de la citoyenneté européenne, nous avons appelé notre structure « Citizens for Europe ».


PdE : Pour Citizens for Europe, la citoyenneté européenne se traduit avant tout localement. Combien de personnes participent aux projets menés à Berlin ?

MW : A travers les projets que nous menons à Berlin, nous défendons effectivement l’idée qu’être Européen, c’est être actif localement : identifier des problèmes communs, en discuter ensemble, tenter de trouver une solution, communiquer avec ses voisins, réfléchir à la manière dont on consomme… La consommation a ainsi un impact sur tous les segments de notre société. C’est peut-être d’ailleurs ce qui distingue l’Europe des autres continents : l’idée que chacun est responsable par rapport à ce qui se passe dans son environnement.


Par rapport au nombre de personnes impliquées, cela dépend des projets. Avec « Jede Stimme », nous avons organisé des élections fictives un an avant les élections régionales, en invitant tous les citoyens, allemands ou non, à voter. Nous avons travaillé avec plus de 80 associations de migrants et, en tout, plusieurs milliers de personnes ont participé.


PdE : Comment pourrais-tu qualifier votre manière de fonctionner ?

MW : Notre équipe est composée de sept personnes et nous travaillons avec des modérateurs externes de Interactive Workshop of Europe et de Art of hosting.  Lorsque nous commençons un nouveau projet, toute l’équipe initie un travail de réflexion collective pour développer l’idée, selon des méthodologies interactives telles que le « Pro-action café ». Cela prend du temps parce que cela nécessite beaucoup de communication, mais les projets qui en résultent sont riches de sens et durables.


Ainsi, récemment, nous devions définir les objectifs d’un nouveau projet, « Diverse City », qui traite du problème de l’absence de représentation des personnes immigrées dans les instances de décision des entreprises et des institutions publiques. Nous avons d’abord réalisé un « Design thinking process » au sein de l’équipe. Nous avons ensuite refait le même processus avec 20 personnes extérieures, d’associations de migrants, d’administrations et d’entreprises. Il s’agissait de réunir différents points de vue afin de vérifier que nous étions dans la bonne direction. A l’issue de cette rencontre, les participants ont émis le souhait de poursuivre ultérieurement les échanges. Ces personnes ont pris conscience d’une chose : on peut s’aider énormément en ayant simplement une façon intelligente de se parler.


Source: http://www.theworldcafecommunity.org/forum/topics/pro-action-cafe 


Ces pratiques d’intelligence collective, nous aimerions les introduire en politique. Cela signifie remplacer les prises de décision hiérarchiques par des réflexions collectives par lesquelles s’impose la décision. Avec différents partenaires européens, nous nous réunissons en mai pour nous pencher sur l’expérience islandaise et nous en inspirer afin de réaliser une Convention pour l’Europe selon un processus où les citoyens sont acteurs.  


PdE : Ce que vous proposez, c’est de contribuer à diffuser une nouvelle culture politique. Comment faire ?

MW : Oui, une nouvelle culture politique dans laquelle, localement, chaque citoyen participe et assume des responsabilités. C’est une évolution qui va prendre du temps. Le principal problème, c’est que notre système éducatif ne fabrique pas des citoyens actifs, mais plutôt des citoyens consommateurs, des personnes à qui l’on dit ce qu’il faut apprendre, ce qu’il faut croire, quelles compétences il est important de développer. Pour changer notre système politique, il faut changer notre système d’éducation



Pour en savoir plus: le site web de Citizens for Europe 




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